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L'histoire de l’Homme-Dieu

Un « touriste » peut admirer les bas-reliefs et les colonnes, les corniches et les cariatides, où s’harmonisent les ors, les bleus, et les rouges, reflet du grand siècle de Louis XIV. Mais tout cela n'est que le support matériel d'une Parole. Car la profusion de la décoration, le choix des peintures, l'ordonnance des figures, sont d'une qualité telle qu'il serait difficile de ne pas y voir une intention, un schéma d'instruction, une Bible ouverte aux pages capitales.

Il est d'abord remarquable que les peintres du XVIIe siècle aient mis en évidence la lignée humaine, d'où le Christ est issu. Sous la tribune de l'orgue sont représentés, en médaillons, les ancêtres du Christ, selon la généalogie de saint Matthieu, depuis Abraham jusqu'à Jésus. Il semble que l'artiste ait copié, et plus ou moins modifié, avec couronnes et turbans, des portraits de personnages des XVIe et XVIIe siècles. Ainsi, on peut se demander si Jéchonias n'a pas emprunté les traits d'Henri IV ; et Jésus, ceux de Louis XIV.

Ce qui attire le regard, après la statue de la Vierge, ce sont les représentants de la proche famille de Marie de Nazareth : sainte Anne, reconnaissable à son livre , ouvert, et saint Joachim, d'une part ; Élisabeth, sa cousine, et Zacharie, d'autre part. Ces quatre dernières statues, monumentales, sont à première vue démesurées. Elles symbolisent mieux ainsi, aux yeux du peuple fidèle, la profonde insertion humaine de Jésus, Homme-Dieu. Remarquons encore qu'elles sont encadrées de grandes urnes d'où s'échappent des flammes rouges. Nous y verrions la puissance de la Vie, chef-d’œuvre de la Création. Entre les patriarches et la famille de Nazareth, on peut imaginer toute l'histoire de l'humanité, jusqu'à Jésus, né de la Vierge Marie : l'humanité en attente du Messie.  

Nos regards se portent alors vers le centre du retable. Voilà, enfin, le chef-d’œuvre, le plus beau fruit que l'humanité ait jamais produit ; là se trouve la nature humaine, désormais restituée dans sa pureté originelle, la Vierge Marie. Nous ne nous étonnons pas alors que le mur gauche du chœur porte un bas-relief, richement orné de banderoles et d'oiseaux, où s'inscrit le seul monogramme de Marie. Ce bas-relief est le pendant de celui de la Création qui lui fait face. Marie n'est-elle pas la nouvelle Ève, la nouvelle création, la nature restaurée par la grâce ?

L'histoire de notre salut

Cette dernière ornementation commence à nous élever au-dessus d'une sorte d'histoire naturelle. Pour si magnifiquement illustrée qu'elle soit, celle-ci est dominée, presque écrasée, par les représentations de l'histoire de notre Salut. Les grands tableaux qui recouvrent les murs de la nef centrale, et dont la richesse d'encadrement croît en approchant de l'autel, nous font revivre les événements majeurs de l'histoire du Christ. Dans le chœur d'abord, deux scènes de la vie cachée du Seigneur la Naissance et la première révélation aux bergers puis l'adoration des mages ; le massacre des enfants de Bethléem (copie de Rubens), la Présentation au Temple, la fuite en Égypte. De l'autre côté, quelques scènes de la vie publique du Christ : Jésus au milieu des Docteurs, Jésus aux noces de Cana, Jésus au Jourdain recevant le baptême de Jean-Baptiste (copie de Poussin).

Ces tableaux n'ont pas d'autre but que de nous aider à ne jamais perdre de vue que le Fils de Dieu est devenu un homme parmi les hommes, pour vivre la vie des hommes. Il y a d'autres peintures sous la tribune et dans les bas-côtés qui nous rappellent des scènes de l'Évangile : rencontre avec la pécheresse, résurrection de Lazare, lavement des pieds des apôtres.

Dans notre chapelle, une autre galerie de personnages est malheureusement moins remarquée, en dépit de son importance dans l'histoire du Salut ; peintures un peu défraîchies et vues à contre jour. Elles sont appliquées tout en haut de la nef centrale, entre les vitraux. Elles représentent les Apôtres et les Évangélistes, avec leurs emblèmes distinctifs de l'imagerie ancienne : rien n'y manque, ni la clef et le coq de Pierre, ni le bourdon de pèlerin et les coquilles de Jacques ; ni la pique de Matthieu ; ou la scie de Simon, la massue de Jude, et la hache de Matthias.

Au temps de la décoration de la chapelle, des ouvriers et des chapelains se souvenaient sans doute encore des guerres de religion, apaisées très tard en Béarn. L'instruction des fidèles en avait beaucoup souffert. Aussi les chapelains s'empressèrent-ils de renouer avec la tradition ; ils se souvinrent que les églises sont la Bible des pauvres. L'abondante décoration de notre chapelle, le nombre et le choix des peintures, leur ordonnance (beaucoup ont disparu après la fermeture de 1794), trouvent ainsi une explication.On ne peut s'empêcher d'admirer cette longue évocation de scènes évangéliques qui dirigent notre contemplation vers le tabernacle. Ce dernier était, jusqu'au XIXe siècle, plus monumental, plus en harmonie avec le retable. C'est bien là que palpite le cœur de notre Rédemption.

La Vierge, au centre du retable, ferme, comme une clef de voûte, les doubles rangées de tableaux et de peintures. Mais n'est-elle pas à l'origine de l'Église, la Mère et le modèle ? Celle qui était au Cénacle le soutien des Apôtres, reste l'animatrice de tous ceux qui ont pour devoir d'annoncer la Bonne Nouvelle.

La mère de l'Église

On se doutait bien, que si elle trône si haut, si près de son Fils, si elle attire les premiers regards, c'est parce qu'elle est le modèle du chrétien racheté. Cette place au centre de la nouvelle création est bien celle qui convient à Marie. Personne ne peut, mieux que l'immaculée, représenter l'homme restauré, la nature recréée. La science mariale des théologiens du XVIIe siècle et l’œuvre des chapelains témoignent d'une foi purifiée dans les luttes religieuses, une foi ardente comme la foi des néophytes. Ils voulurent faire de leur chapelle un monument de la Foi, une Bible vivante, qui montrait Marie à sa vraie place, et insufflait aux fidèles une saine piété.

Aussi, serait-il injuste de ne voir, dans notre Sanctuaire, qu'une juxtaposition d'objets d'art. Il est beaucoup mieux qu'un musée d'art religieux, il est une Bible illustrée, que nous avons feuilletée rapidement. Il est un témoin vivant et permanent de notre foi.

Raymond Descomps,scj